CROCODILE

99,00 €

CRÉÉ EN 2010

ÉDITÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2026

✎ Tirage pigmentaire signé et numéroté

Contexte de l’œuvre

Parmi toutes les injustices et les catastrophes que le monde a connues ces dernières décennies, il en est une que nos élites locales ont peu goûtée, la contrefaçon. Ce mal venu d’Asie. Pourtant c’est bien nous qui sommes allées chez eux pour leur demander de fabriquer nos produits pour pas cher. La recherche permanente du coût d’usine le plus bas a poussé les donneurs d’ordre à déplacer leurs commandes toujours plus profondément dans chaque recoin du continent. De la Chine, devenue trop chère, vers des pays aux normes environnementales et sociales toujours plus faibles (Bangladesh, Birmanie, Pakistan) pour conserver ces niveaux de marge magique. Résultat, les secrets de fabrication ont été disséminés partout et la main-d’œuvre a fini par apprendre à quel prix leur travail était valorisé en Europe, des prix multipliés par 10, 20, 30. Ils ont d’abord commencé par faire des copies dans les années 1970 et cela est resté la norme jusqu’au début des années 2000, mais depuis 15 ans tout a changé. Pourquoi prendre le risque de perdre sa marchandise pour cause de falsification, alors que l’on peut créer ses propres marques ou des dupes (marque clone) a des prix imbattables ? C’est beau comme une fable de La Fontaine.

Informations sur la démarche créative

La contrefaçon est devenue l’image d’Épinal de la mondialisation heureuse, une période où la France régnait en maître sur la fabrication de valeur. Nous étions devenues les saints patrons de l’épicerie de luxe. Une grande fierté nationale. Alors que nous défendions un modèle en voie d’extinction, les Américains se risquaient dans le futur de la propriété intellectuelle, l’économie du savoir. Ils avaient un grand avantage, un marché interne qui leur permettait d’investir massivement dans la recherche et le développement. Ils pouvaient amortir les coûts initiaux sur leur territoire et faire des bénéfices avec l’exportation, ils nous avaient déjà fait le coup avec Hollywood. Récemment, ils ont même affiné le concept en supprimant la vente au profit de la location : un droit d’utilisation n’est cédé que de façon temporaire. Pauvres Français, notre caste dirigeante n’a jamais eu ni l’intention, ni les moyens de faire quoi que ce soit. La nouvelle génération devra leur botter le cul pour réindustrialiser le pays afin de produire le minimum vital pour notre autonomie dans tous les domaines. En attendant, il nous reste les légendes et les belles histoires, comme celle de ce fameux crocodile au nom de notable.

Décryptage du bricolage graphique

Lacoste, c’est le chic français des années folles et le petit plaisir des classes moyennes durant les 30 Glorieuses. Aujourd’hui la marque est restée une référence pour les jeunes générations, même si elle n’a jamais su comment s’adresser à eux, une tradition française. Pour ma pièce, j’ai donc dramatisé au maximum une scène banale de contrôle des marchandises à Roissy. Le crocodile, venu d’Asie, avait tenté de pénétrer le territoire national sans autorisation, il s’avère que ce n’était même pas un vrai Lacoste, mais un faux. Un reptile factice, et étranger, qui tentait de tromper nos honnêtes douaniers. Il n’en faudra pas plus, armées de leurs fameuses sagaies, nos vaillants fonctionnaires bravent alors tous les dangers afin d’empêcher la bête de corrompre la jeunesse hexagonale. Criblé de plus de 70 lances, le monstre agonisa plusieurs heures dans une mare de sang. Les défenseurs de la cause animale ont relevé qu’une fois de plus, la France était épinglée pour sa cruauté envers les plus faibles. Pauvres de nous.

Texte Christopher Dombres

Tirage pigmentaire
Papier Fine Art 310g
  • 50x70cm
De 1/99 à 99/99

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